le ptit Anik

Le navire prend l’eau tandis que des malins se disant gouverneurs du bateau, les capitaines, enlèvent tous les jours des morceaux du bateau pour rembourser leurs dettes. Ils décorent également les pourtours du bateau de gros canons pour parer à la paranoïa qui gagne l’étage supérieur au vu de la foule des passagers qui écopent pourtant bravement.

C’est joli les canons mais du coup le bateau s’enfonce un peu plus et prend l’eau de toutes parts. « Nos stock-options sont à flot » disent les haut-parleurs et tout le monde semble ravi, la croisière est fascinante… « enfin de l’aventure » dit une gourde se dénudant un sein, le trouvant tout à coup trop gros, l’assemblée aplaudit et approuve manifestement, tous la trouvent ridicule, mais cela ne tue pas disent-ils. Du coup la méchanceté leur semble naturelle.

Les passagers écopent de plus en plus vite voyant que leurs efforts sont vains, l’eau monte irrésistiblement. mais ils continuent, d’ailleurs les écrans leur disent que sans souffrance il n’y a pas de paradis, alors ils sont braves et écopent encore plus vite. Même s’ils ne reçoivent plus de salaires pour les heures sup que cet écopage leur fait faire. Qu’importe, le bateau doit tenir. ils travailleront 24 heures sur 24 gratis.

Les haut-parleurs disposés partout dans le bateau hurlent « tout va bien, on s’occupe de tout, nous avons un nouveau capitaine, il va tout changer » … du coup les passagers compressés dans la partie inférieure par de joyeux drilles déguisés en robots et armés de bâtons, les passagers sont employés à endiguer la montée des eaux.

Chacun reçoit à cet effet une équelle et écope lentement ce qu’il peut tandis que dans les écrans de mignonnes strip-teaseuses donnent du coeur à l’ouvrage. On les appelle les nouvelles princesses-pirlinpimpim et tous les passagers leur sauteraient bien dessus. Cela galvanise les troupes et ils écopent maintenant au rythme des chansons qui défilent. On dirait presque une vieille galère… aussi pour ce qui reste d’insubmergé au-dessus des flots furieux. Le reste se vit en sous-marin.

Le bâteau est en trois parties… une submergée déjà… le fonds de câle, bradée il y a longtemps. Et puis vient le gros du bateau… en train de sombrer, contenant les passagers qui écopent à la qui mieux-mieux. La partie supérieure du bateau pourtant est festif, tant d’activités ludiques s’y passent qu’on croirait que le bateau est à flot … aussi à voir la mine ravie des participants en tenue de soirée, cocktails à la main et bikinis sportifs, robes de soirée. Il y en a même qui se marient pour que le pape bénisse leurs apêtits sexuels. L’orchestre du titanik est rescusité pour l’affaire et les nobles se couvrent de bijoux et de diamants tandis que les écrans ici leur susurrent des mots d’amour. « Tout va bien, on s’occupe de tout ! » est le leitmotif… les capitaines ont pris des poids qu’ils accumulaient tamponnées « grandes valeurs » et les ont jeté par-dessus bord pour alléger l’ensemble. Ils continuent de vendre joyeusement la coque du bâteau par petits morceaux à des investisseurs étrangers qui commencent toutefois à baisser les prix d’achat parce que, vu de plus loin… on voit bien que le bateau coule.

Qu’importe, les capitaines sont rassurés par l’arrivée massive de colliers et de bijoux dont ils couvrent leurs femmes cachant, elles, les yeux de lunettes si noires qu’elles sont sûres de ne plus voir l’eau monter. – C’est la mode que voulez-vous, disent-elles, même si je n’y vois plus rien, au moins je sais pourquoi je suis myope.

les capitaines donnent des ordres qu’on arrache plus de panneaux de coque à l’avant pour la vente… l’eau s’engouffre par flots entiers et les occupants de la câle sont tellement en haine que la partie supérieure se voit fermée d’accès à quiconque.

Pourquoi ils ont la haine demande une ingénue ? Et bien hormis de voir leurs enfants attraper des maladies ou se noyer carrément il ont constaté que et moteur et rames ont déjà été bradés, vendus à l’étranger il y a des siècles… qu’il n’y a plus une lampe ni un seul boulon qui leur appartient en vrais, que le bateau était une illusion, ils commencent à comprendre qu’ils n’atteindront jamais la partie supérieure du bateau malgré le fait que les écrans leur promettent toujours que s’ils sont gentils ils pourront aller le visiter un jour, moyennant un prix dentrée exorbitant qu’ils ne peuvent s’offrir pour l’instant, les palais doivent être entretenus disent les capitaines. Tout le monde trouve cela normal. Et le bateau coule toujours. On vend maintenant les hublots de la partie médiane. L’eau s’engouffre de partout.

Les passagers qui écopent espèrent toujours que le nouveau capitaine va ouvrir les portes de la partie supérieure afin de ne plus voir l’eau grimper dangereusement jusqu’à leur cou. Bravement ils font ce que les écrans leurs disent « ecopez plus pour vivre plus » et tout le monde s’échine tandis que les flots entrent par vagues déferlantes maintenant.

et les capitaines enlèvent encore des parois de protection et encore et encore… qu’ils bradent sans vergogne maintenant, à croire qu’ils coulent le bateau exprès. Ils cherchent le manuel du petit batelier pour décrocher la partie supérieure du reste du bateau. « Que la fête continue » disent-ils… parfois eux aussi écopent un peu d’eau qui finit par atteindre aussi la partie supérieure et déjà de petites mains de passagers viennent portés par l’eau montante vers leur étage tapissé de soie.

« Horreur » disent-ils… « ceux-là ne sont pas de la famille… » vite, on les renvoie en fond de câle… là où on ne les entend plus. De toute façon on entend que ce que disent les écrans et les haut parleurs. Quoique la voix de l’esprit des eaux essaie de diriger les passagers vers les bateaux de sauvetage en nombre insuffisants toutefois, alors il décide de leur donner en vitesse les rudiments de la nage dans l’espoir que le nombre l’entendra et qu’ils cessent de croire dans la nécessité du bateau.

Mais les capitaines sont à sa recherche, ils commencent à tirer sur le bateau avec les canons nouvellement construits ouvrant encore des brêches dans la coque. Les bien habillés de la garden-party supérieure écopent aussi un peu, nonchalamment, ils jettent le peu d’eau qu’ils amassent avec de superbes tasses de porcelaine sur la tête des passagers en-dessous. Tout à fait inutile. Mais leurs soucis sont vite oubliés tandis qu’une cruche toute nue les invite à baiser sur les écrans. C’en est plus qu’il faut pour leur faire tourner la tête et déjà la partie supérieure s’est muée en un vaste baisodrôme vantant les plaisirs de l’existence.

« C’est un monde formidable » disent les haut-parleurs et les passagers commencent à avoir quelques doutes. mais ils écopent toujours croyant dans la sincérité des jolies speakerines qui leur promettent des lendemains qui chantent sur des étages mythiques supérieurs. Etages qui n’existent pas sur ce bateau toutefois, ils existent dans les livres sacrés et on peut les croire, mais les décolletés des speakerinnes hypnotisent tant les passagers qu’ils se laissent volontiers entraîner par ces voix sirupeuses et des offres de crédit alléchantes. Alors ils s’endettent encore tandis que leurs enfants se demandent s’ils devront payer les dettes en nature quand tout le bateau aura été entièrement vendu.

Et les eaux des océans n’ont pas de but particulier, ils ’sengouffrent dans chaque brèche, emportant encore quelque vague souvenir du temps où le bâteau était une nouvelle merveille du monde et que tous étaient fiers de l’avoir construit. L’essentiel au milieu des flots pourtant a été oublié: savoir nager.
Ca fait longtemps que la partie supérieure ne s’y intéressait plus puisque les passagers maintenaient le navire.

Un de ces enfants aux yeux brillants dit encore « pourquoi vous faites tout ça ? »

et c’est l’esprit des eaux qui lui répond dans son coeur parce que les écrans continuent de lui servir des dessins animés idiots de bateaux qui volent dans les airs … « parce qu’ils ont oublié, depuis le début, que ce n’était pas nécessaire, une civilisation aquatique aurait parfaitement fait l’affaire ».

L’enfant dit alors tristement « apprends-moi à nager s’il te plait »

~ par bubbledom - Ea sur décembre 9, 2008.

Une Réponse to “le ptit Anik”

  1. Joli texte ! Merci !

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